Écrits
Ua fiu roa

Une nouvelle ombre vibrait derrière le verre dépoli. La porte vitrée s’ouvrait alors brutalement dans un fracas métallique et, sous la lumière blafarde des néons, je découvrais ces mêmes visages aux traits durs et sans grâce. Toujours le même genre d’hommes au teint hâlé, sans pays et sans âge. De ces hommes qui vivent et travaillent sans faire de bruit venant s’entasser tous les soirs dans un bouge à mêler leur transpiration dans une salle surchauffée que trois immenses ventilateurs ronflant au plafond n’arrivaient pas à aérer. Lorsque la silhouette était haute et étroite, je dévisageais l’homme qui franchissait le seuil jusqu’à le défigurer pour tenter de retrouver des traits familiers que les années et les tropiques auraient pu altérer. Depuis une semaine je passais mes soirées les yeux fixés sur le verre de cette porte, débout dans cette masse confuse, serré contre des corps suants qui empestent le tabac et l’huile de moteur et ballotté dans un tangage que ces hommes devaient porter en eux, même lorsqu’ils étaient à terre. Dans l’atmosphère moite et surchauffée de ces îles qui ne sont paradisiaques que sur les dépliants touristiques, la bière m’avait aidé à éponger la soif et aussi l’ennui, et j’avais eu tout le temps de fouiller dans les souvenirs de jeunesse que ce voyage m’amenait à revisiter. Quand la mémoire s’effilochait et se déchirait, je retrouvais avec surprise et tendresse l’atmosphère du bar ne sachant plus très bien ce qui était de l’ordre de la réalité. Alors je m’épongeais le visage et, en regardant autour de moi, avec ce que chacun me donnait à voir et à entendre, je partais vers de nouvelles histoires. Des histoires comme la vie, aussi vite inventée qu’oubliée.
C’est seulement le troisième ou quatrième soir en quittant le bar, sur le chemin du retour vers l’hôtel, le long du quai, que j’avais accepté de me poser la question. S’il ne se montrait pas, je n’avais aucune adresse ni moyen de rentrer en contact avec lui. J’aurais fait ce long voyage à l’autre beau du monde pour rien. Au fil des jours, je construisis plusieurs scénarios sur la manière dont je m’y prendrais pour déposer l’argent dans un lieu sûr et discret.
Ce soir, comme tous les soirs, la salle était comble. Dans le tumulte, j’arrivais parfois à saisir les notes aigües de l’accordéoniste qui tentait d’entraîner une foule disparate. Il y arrivait quelques fois et c’était alors d’une même voix qu’un groupe entonnait la chanson en se balançant. Ça pouvait durer quelques paroles ou le temps d’un refrain. Un son à nulle autre pareil vibra dans la musique. La porte claqua et avant que j’aie pu pronostiquer davantage sur l’ombre qui venait de voiler la vitre, Vincent tout entier surgit naturellement. Il fit deux pas et s’immobilisa en scutant la foule. En un instant, je retrouvai cette prestance et ce beau visage au regard doux qui caresse avec indulgence tout ce qu’il croise. Depuis sept ans que je ne l’avais pas revu, j’avais craint, au fil des soirées, à force de l’attendre, de ne plus le reconnaître. Il ne bougeait pas. Un teint cuivré faisait briller ses yeux clairs. Son regard était droit et balayait avec calme la canopée de cette forêt humaine dans laquelle, au plus profond de la salle, blottis sur ce banc, je pouvais me dérober. Avant de quitter Paris, j’avais cherché une photographie où nous étions ensemble. Je ne l’avais pas trouvé et je me demande si cette photo existait réellement. De cet endroit, tapi derrière un buisson de corps agglutinés, je pouvais le regarder à satiété sans qu’il me voit et j’en profitais. J’étais persuadé désormais de l’imminence de la rencontre et je me délectais le plus longtemps possible de ce prélude. J’avais cette vue par en dessous et je ne le quittais plus des yeux lorsque je sentis ma bouche sourire puis se tordre en une grimace que je ne pus réprimer qu’en baissant la tête et me couvrant le visage. Après toutes années, je le revoyais soudain avec ce sentiment pénible de ne voir qu’un masque. Je retrouvais ce sentiment de ne pas arriver à aller au-delà des apparences. Je pensais souvent à lui comme à une énigme. En le retrouvant j’étais de nouveau envahis par une attirance troublante, comme j’aurais pu l’être du David de Michel-Ange. Ses cheveux étaient coupés beaucoup plus courts et grisonnaient mais il conservait ce visage de bel adolescent ténébreux. Il était planté au milieu de la salle, entouré de la foule de dockers, de voyageurs, de prostituées et autres épaves humaines que je voyais depuis une semaine échouer tous les soirs dans ce bar et qui avaient en commun de vivre seuls, loin d’une famille, qu’ils avaient abandonnée, perdue ou n’avaient jamais connue et qui d’un coup me redevenait étrangère. Il restait là, immobile, dans la fumée, le bruit et l’agitation, les yeux mi-clos et le regard vide dirigé vers le fond. Il regardait moins ce qui l’entourait qu’il ne semblait suivre des pensées qui devait se trouver bien au-delà de ce lieu. Il ne me voyait pas, comme il ne voyait pas ce qu’il regardait et ne donnait pas non plus l’impression de me chercher. Pouvait-il m’avoir oublié ? Peut-être me jugeait-il incapable d’aller aussi loin ? Je m’épongeais de nouveau le front. La sueur faisait de grands cercles sur la poitrine et sous les bras de la chemise qui me collait à la peau.
La veille de son départ pour Tahiti, c’est lui qui m’attendait dans le petit restaurant des Halles. Il venait de passer trois semaines à Tanger et, chaque fois qu’il rentrait à Paris, il m’appelait pour m’inviter à dîner. Pour tenter de reprendre contact avec la vie parisienne et trouver quelqu’un qui l’écoute ressasser les éternelles questions que ses voyages ne faisaient que raviver. Ces idées qui le hantaient sur l’existence humaine, sur l’évolution de nos sociétés et du monde qui, selon lui, se déshumanisait et s’appauvrissait au fur et à mesure qu’il se modernisait, un monde, disait-il, qui va vers son anéantissement.
Ce soir-là, j’avais appris qu’il était revenu déjà depuis plusieurs semaines. Je comprenais qu’il m’invitait non pas pour son retour, mais pour m’annoncer un nouveau départ. Il venait de vendre son appartement et il partait s’installer définitivement à l’autre bout du monde.
Quelques mois plus tard j’avais reçu une première lettre de Tahiti. Puis, au fil des ans, parfois une carte postale des îles environnantes, de Huainé, de Bora-Bora, de Rangiroa avec les éternels clichés de plages au sable blanc plantées de cocotiers et de lagons bleus turquoises. Sa voix avait retenti aussi plusieurs fois sur le répondeur. À son arrivée en Polynésie, il avait d’abord travaillé au convoyage de voiliers pour de riches américains, entre San Francisco et Papeete, et il m’écrivait qu’il gagnait beaucoup d’argent. J’avais aussi reçu une lettre de Brisbane en Australie. C’était l’une des dernières lettres. Il racontait qu’il vivait depuis deux ans avec une Australienne qui possédait une galerie d’Art à Papeete. Je crois que c’est tout ce qu’il m’avait raconté de sa vie en Polynésie. Je ne lui connaissais aucun ami à Paris. Je me permis un jour d’appeler Catherine, sa femme, qui était repartie vivre à Nantes où elle enseignait l’anglais dans un lycée privé. Elle me fit comprendre qu’elle ne voulait plus entendre parler de Vincent. Elle n’avait pas de nouvelles ni reçu depuis très longtemps de versement de la pension alimentaire de leur fille Clara, et cette histoire avait fini pour elle.
Je n’avais plus jamais entendu parler de lui jusqu’au mois dernier où je recevais une lettre d’Hiva-Oa aux Marquises. Lui, qui s’était toujours montré distant et indépendant, m’écrivait pour la première fois qu’il avait besoin de mon aide, il ajoutait que j’étais la seule personne sur laquelle il pouvait compter et qu’il me téléphonerait les jours à venir pour m’expliquer. En le regardant ainsi appuyé au comptoir, son large dos penché sur le côté, je ne pouvais m’empêcher de penser aux raisons qui m’amenaient à faire ce voyage que j’avais délibérément refusées d’analyser. Il portait une large chemise jaune paille et dépassait les autres d’une tête. Soudain, un homme petit et gros s’approcha de lui et sur un ton violent se mit à l’invectiver et à le menacer. Un petit groupe commençait à se former autour des deux hommes. Avec ce détachement étonnant que je lui avais toujours envié secrètement et que je prenais pour une liberté, Vincent regardait à côté et ne répondait pas. Plusieurs figures commençaient à rire en observant la scène. Il se tourna alors de nouveau vers la salle, les yeux plissés pour mieux fixer les visages. Cette fois je pouvais penser qu’il me cherchait. Je tendis le buste et levais discrètement une main. Il me fit signe en clignant des yeux avec un large sourire et il traversa la salle de son pas souple et nonchalant, en se frayant un passage entre les tables et la foule compacte de buveurs.
Le téléphone avait sonné en pleine nuit. « Vincent à l’appareil ». Il me demandait de me rendre chez un avocat, Maître Landec à Fontenay-aux-Roses, pour récupérer une somme importante d’argent dont il avait besoin d’urgence et qui ne pouvait lui arriver d’aucune autre façon. « Je prendrai évidemment en charge tous tes frais et te dédommagerai. Landec est prévenu de ta visite ».
Je lui répondais sans hésiter que je pourrais arriver dans une dizaine de jours, comme s’il était courant chez moi de m‘envoler pour l’autre bout du monde. Je ne lui avais jamais rien refusé. Ni moi, ni personne. Il me donnait rendez-vous dans ce bar, Le Taporo, qui se trouvait dans l’enceinte du port, où il passerait tous les soirs à partir du dimanche.
« Pierre ! » Il me serra contre sa poitrine tout en me prenant énergiquement la main. Et, sans la lâcher « T’es resté jeune. On dirait un jeune homme. Alors Maïtaï et bienvenue ! Tu n’as pas eu droit aux colliers de fleurs en arrivant. Je ne suis à Papeete que depuis ce matin. En venant tous les soirs ici jusqu’à réussir à te fondre dans cette misère. T’as vu ça ? C’est chaud. Il faut faire gaffe ! ».
je lui faisais une place en me serrant sur le banc. Il se pencha vers moi tout en m’enveloppant dans le rond de ses larges épaules : « Tu as rencontré Landec ? Tu loges où ? On ne va pas rester ici, on va aller ailleurs ».
Les notes de l’accordéoniste avait fini par être reprise par un homme qui chantait d’une voix éraillée et alourdie par la bière. Et la foule reprenait la rengaine. Tout d’un coup, un homme ivre roula sur le dos de Vincent et s’étala sur le plancher. Il avait une tête ronde avec les yeux exorbités et la bouche ouverte. Il se releva aussi vite et traversa la salle d’un trait en poussant des cris et en se tordant comme une baleine.
« Chaque pays a sa bière locale, ici c’est la Hinano, et elle fait des ravages… ». Il me raconta qu’il était arrivé des Marquises ce matin, après six jours de traversée. À cause d’une menace de cyclone, le bateau était passé avec une semaine de retard.
« Ce bar n’est fréquenté que par les gens du port, mais tout se sait très vite dans ce pays. Je t’expliquerai. Je préfèrerais qu’on file tout de suite. J’ai posé mes bagages à l’Eden, une petit hôtel dans la zone portuaire. Nous y serons plus tranquille pour discuter ».
Il devait être déjà passé onze heures. Côte à côte sur un quai silencieux, éclairés par de hauts lampadaires qui projetaient une puissante lumière jaune, nous marchions le long d’une eau calme et luisante et des bateaux endormis. Il ne disait rien, le regard droit fixé sur un horizon inconnu. J’avais l’impression que toute question mettrait en danger le fragile équilibre qui nous liait, comme un château de cartes où l’on ne peut plus rien ajouter, au risque de voir l’ensemble s’écrouler. Cet argent et la manière dont il avait voulu qu’il lui parvienne constituaient un mystère auquel je n’avais pas voulu croire jusqu’à ce qu’il me dise qu’il y avait un explication. Nous continuions à marcher en silence. A un moment, il me demanda si j’avais fait des rencontres depuis mon arrivée. Il répéta : « Tout se sait très vite dans ce pays ».
Mon hôtel s’appelait Aia Matau. Arrivé au coin de la rue, il préféra m’attendre en bas. Il m’expliqua que aia voulait dire poisson en polynésien. Je descendais quelques minutes plus tard et il ajouta qu’un matau c’était un hameçon. « Poisson à l’hameçon ! » Et il me mit à ricaner « Un drôle de nom pour un hôtel. Tu ne trouves pas ? On peut se demander qui est le poisson ? ».
Je le suivis dans un lacis de ruelles étroites et sombres qu’il parcourait sans hésiter. Elles étaient toutes bordées de hauts murs d’où dépassaient les branches d’arbres feuillus et remplis de fleurs qui parfumaient l’air chaud et humide de la nuit. Le quartier paraissait complètement abandonné et nous ne croisions personne à part des chiens qui se déplaçaient en bande. Pas effrayés, ni agressifs à notre approche, ils ne faisaient pas attention à nous. Ils semblaient perdus et ils tournaient comme à la recherche d’une issue de sortie à ce labyrinthe. Les trottoirs étaient en terre battue et la chaussée défoncée parsemée de trous profonds. Il régnait dans ces ruelles un silence inquiétant et Vincent avançait devant moi à grandes enjambées sans dire un mot. Ou alors brusquement, il s’arrêtait d’un coup  « Tu vois, derrière ces murs, il y a ce que l’on appellerait chez nous des bidonvilles. Des baraques en tôle ondulée occupées par des Polynésiens qui viennent des île environnantes pour trouver du travail à Papeete. Des hommes qui travaillent au port comme dockers où font des petits boulots qui leur permettent de survivre avec le RMI. Les métropolitains, les popaas comme on nous appelle ici, préfèrent les bords de mer ou les collines. Une mafia de fonctionnaires médiocres et triomphants qui pourrissent l’île ».
Il marchait de plus en plus vite. Etait-ce la crainte de traverser ce quartier avec autant d’argent dans la poche où seulement le désir d’en finir et de mettre rapidement la main sur le magot ? Je devais presque courir pour arriver à le suivre. Je souriais en pensant qu’il était resté le même. Je n’arrivais pas à comprendre ce qu’il cherchait, et pourtant dès que je l’avais vu pour la première fois, lors de cette réunion d’embauche, je m’étais tout de suite senti proche. Nous nous étions connus dans une entreprise de géophysique qui nous avait engagés et licenciés en même temps. En pleine crise pétrolière, l’entreprise avait masqué les problèmes économiques qu’elle traversait pour, au bout d’une année, envoyer aux dernières recrues la même lettre de licenciement pour inaptitude au métier de prospecteur. J’étais retourné à l’université et lui avant acheté une Land-Rover pour sillonner l’Afrique avec Catherine qu’il venait de rencontrer. Il était revenu huit mois plus tard et il avait trouvé un poste d’ingénieur au CEA. Il s’était installé à Paris et sa fille Clara était née. Il n’avait plus voyagé que pour son travail, deux ou trois fois par an en mission à Mururoa. Puis sa femme l’avait quitté et il était resté une année entière sur l’archipel. À son retour, il avait démissionné du CEA. À partir de cette époque, il n’exerçait plus que des emplois intérimaires et passait la majeure partie de son temps à voyager. Il rapportait des photos que nous vendions parfois à des magazines de reportages dont j’écrivais les textes.
Nous avions de nouveau rejoint le port. Sur l’eau calme du lagon, une fumée s’élevait et l’on entendait au loin le mugissement des vagues contre les rochers. À l’autre bout du quai, à l’écart des derniers entrepôts, se trouvait un petit immeuble à deux étages dont un néon éclairait l’enseigne de l’Eden Hôtel. Je le suivis presque dans le noir, dans un long couloir étroit au bout duquel se trouvait un guichet en formica marron. Derrière, vautré dans un fauteuil, les bras pendants et la bouche ouverte, dormait un homme gigantesque, gros et grand au torse nu et luisant de transpiration. Ni notre arrivée, ni le passage de Vincent derrière le comptoir pour décrocher la clef du tableau ne le réveillèrent. Nous montâmes un escalier raide, faiblement éclairé. A l’étage, le long des murs, à peu de distance l’une de l’autre, s’alignaient des portes avec des numéros peints à la main. La chambre était minuscule. Il y avait juste la place pour un lit et une table de nuit en rotin. Dans le mur d’un bleu froid et mat, décrépi par endroits, s’ouvrait une niche où se balançaient des cintres en fil de fer. Au plafond, pendait un grand ventilateur rouillé aux pales immobiles. Il m’invita à m’asseoir sur le lit et, le contournant, sortit une bouteille de whisky d’un grand sac qui devait constituer son unique bagage. Alors que je sortais l’enveloppe de la poche intérieure de ma veste et que je sentais son regard sur moi, il me tendit la bouteille « Désolé, mais je n’ai pas de verre ».
Je pris une gorgée au goulot et je lui rendis la bouteille. Il se tenait debout face à moi. Je déposai sur le lit, l’une à côté de l’autre, les deux enveloppes. Une grande brune, gonflée, en papier kraft, agraffée et fermée avec du ruban adhésif, qui portait le nom de Vincent Breiter, et une autre, petite et blanche où, sur le devant, était marqué le chiffre de 20.000 francs. Il se pencha et pris l’enveloppe brune. Il déchira nerveusement la partie supérieure et, après avoir regardé rapidement à l’intérieur et sorti une lettre qu’il parcouru, la posa sur la table de nuit. Puis il ramassa l’enveloppe blanche et me la tendit « Est-ce que ça suffira pour couvrir tes frais ? »
Il prit la bouteille, s’envoya une grande rasade, et me la tendit « Tu as fixé ta date de retour ? ».
Un long silence s’installa entre nous. Il restait debout, adossé au mur. Il prit plusieurs gorgées de whisky. Soudain de la rue monta un crissement de pneus suivi aussitôt par des claquement de portières. Je regardais Vincent. Son regard clair croisa le mien puis se dirigea vers la fenêtre.
« Je suis dans une mauvaise passe. Il faut que je parte. Ailleurs. Pour continuer à vivre… Ici on appellerait cela fiu. Etre fiu. Ua fiu roa ! Ça ne se traduit pas vraiment. Je suis fatigué ».
Du bas montèrent d’abord des cris, puis des bruits de chaises qui traînent sur le sol, et des rires. On entendit ensuite un va-et-vient de pas et des voix dans l’escalier et dans le couloir. Puis le choc d’une porte, jusqu’à ce que le silence revienne. Il me demanda si tout allait bien pour moi à Paris. Puis, si je voulais qu’il me raccompagne à mon hôtel. Enfin, si j’arriverai à retrouver tout seul le chemin. Il prit un ton blagueur qui sonnait faux où il m’expliqua qu’il aurait bien appelé un taxi : « Un coup téléphone et miracle une voiture qui s’arrête devant l’entrée de l’hôtel. Si nous étions dans une ville normale, où les services fonctionnent. Ici à Papeete tout le monde s’en fou ».
Il se leva et me serra contre lui dans ses longs bras, tout en me remerciant une nouvelle fois.
« Nous nous reverrons dans un restaurant de Saint-Germain ». Et en s’efforçant de sourire « Bonne chance ». Il m’ouvrit la porte.
En atterrissant deux jours plus tard à Roissy, le ciel était plombé et il avait neigé. J’avais l’impression d’avoir mal dormi et de me réveiller d’un mauvais rêve.

Jean-Paul Roig (Paris – Mai 2003)